lundi 28 septembre 2015

Le système urinaire félin

Incontestablement le point faible des chats, le système urinaire comprend les reins, les uretères (conduits menant l’urine des reins vers la vessie), la vessie et l’urètre (conduit qui mène l’urine vers la litière !).  Lorsqu’un chat « ne file pas » on s’informe  immédiatement de son système urinaire.  Bien que les félins soient affectés de maladies concernant d’autres systèmes, tels que les systèmes digestif, cardiovasculaire, pulmonaire, neurologique pour ne nommer que ceux-ci, celui qui leur cause le plus de problème est le système urinaire.

Les chats sont prédisposés à faire des cystites (inflammation de la vessie). Souvent compliquées par des calculs (petites pierres qui se forment dans l’urine). Ceux-ci font saigner la muqueuse de la vessie et peuvent même obstruer l’urètre ou les uretères et nuire à l’élimination de l’urine. L’urine étant un déchet, elle doit absolument être éliminée quotidiennement. Un blocage urinaire mène rapidement à un « empoisonnement » du sang. Des déchets métaboliques tels que l’urée et la créatinine s’accumulent dans le sang et sont à l’origine de plusieurs symptômes tels que les nausées et vomissements. En moins de 48 à 72 heures un chat peut décéder d’un blocage urinaire. Il s’agit toujours  d’une urgence.  Lorsque le chat fait des aller-retours fréquents à la litière mais que peu ou pas d’urine est produite, s’il est prostré, vomit ou semble inconfortable c’est qu’il est possiblement en train de faire un blocage.  Consulter un vétérinaire immédiatement. Plus on intervient tôt lors de cette condition, plus les chances de récupération sont bonnes, plus on attend, plus il peut y avoir des séquelles et des risques au moment de l’intervention qui consistera à repousser le calcul dans la vessie. À noter que presqu’exclusivement les chats mâles sont à risque de blocage de l’urètre.  Celui-ci étant très petit lors de son passage dans le pénis, le moindre petit calcul peut y rester coincé. Les chattes peuvent néanmoins avoir un calcul dans un uretère, dans un rein ou dans la vessie.

Le meilleur traitement pour cette condition reste encore la prévention.  Si on arrive à empêcher la formation de calcul, il n’y aura pas de blocage et on diminuera le risque d’inflammation. Les calculs se forment dans l’urine lorsque l’urine stagne dans la vessie ou que le pH est inadéquat. C’est-à-dire trop acide ou au contraire trop alcalin. Ce qui modifie la neutralité du pH urinaire est directement attribuable au type de nourriture. Si l’animal est prédisposé génétiquement, certaine nourriture peuvent changer le pH de son urine et il y aura formation de calcul, risque d’inflammation et possiblement de blocage.  Les nourritures dites préventives, aident à garder un pH adéquat et à prévenir les problèmes de santé du système urinaire des chats.
            
Chez le chat âgé, c’est encore ce système qui lui causera le plus de problèmes. L’insuffisance rénale chronique est une condition très fréquente chez les félins vieillissant. 30% des chats de plus de 10 ans font de l’insuffisance rénale. Leur reins deviennent petits et moins efficaces. Ils perdent de leur capacité à bien filtrer le sang pour éliminer les déchets métaboliques. Encore une fois c’est par l’alimentation qu’on peut aider  le système urinaire. Une diète dite rénale produit moins de déchets protéiques puisqu’elle contient moins de protéines et que celles-ci sont de plus haute qualité.  Ces nourritures spécialisées contiennent aussi des suppléments de potassium, moins de sel, et des molécules qui aident à l’élimination du phosphore que les reins n’arrivent plus à bien gérer.


La santé du système urinaire du chat est en grande partie liée à son alimentation.  En cette matière la prévention est facile, efficace et au bout du compte  peu coûteuse. 

jeudi 4 juin 2015

On a raison d’avoir peur de la rage


La rage est une maladie mortelle à 100% lorsque les symptômes ont commencés. Elle se transmet généralement par la morsure, griffure ou léchage d’un animal sauvage enragé. Ce qui ne signifie pas que vous le reconnaîtrez immédiatement.   En effet, il peut avoir l’air gentil, s’approcher de vous et ne pas avoir peur. C’est un comportement anormal pour un animal sauvage dont vous devriez vous méfier.

Les symptômes qui se manifestent chez un animal (ou un humain) infecté du virus de la rage sont :

- Changement de comportement : perte de la crainte de l’humain ou au contraire agressivité anormale ou bien léthargie.

- Paralysie, démarche chancelante, faiblesse

- Posture anormale : tête basse, mâchoires relâchées, expression faciale anormale

- Salivation excessive

- Diminution de la consommation d’eau et de nourriture

- Morsures répétitives inexplicables (de ses propres membres par exemple)

Il y a différentes souches du virus de la rage. Au Québec, on en a identifié trois : la rage du renard qu’on retrouve au nord du 55e parallèle, la rage du raton laveur au sud (1er cas répertorié en 2006) et la rage de la chauve-souris qu’on retrouve dans toutes les régions du Québec.

Le virus de la rage est un virus neurotrope, c’est-à-dire qui voyage par les nerfs pour se rendre au cerveau et à la moelle épinière.  C’est une fois rendu au cerveau qu’on  note les changements de comportement.  Le virus se rend ensuite vers les glandes salivaires et les yeux. À ce moment-là il n’est jamais dans le sang et donc il est hors de portée du système immunitaire. Il n’existe aucun traitement pour en guérir une fois le cerveau atteint.

La vaccination préventive va permettre au système immunitaire de se fabriquer une défense et d’attaquer le virus dans la plaie de morsure AVANT qu’il ne prenne le chemin des nerfs jusqu’au cerveau.

Lors d’une morsure suspecte, bien laver la plaie au savon et à grande eau pendant 10 à 15 minutes. Puis par précaution, un vaccin sera administré. Cela aidera le système immunitaire à  combattre le virus présent dans le muscle.


- Lutter contre la RAGE incombe de la responsabilité des vétérinaires, du gouvernement mais aussi de vous, propriétaires d’animaux.

- En faisant vacciner vos animaux de compagnie et d’élevage

- En informant les autorités si vous soupçonnez un cas de rage                                                                    (service Québec 1-877 -644-4545 ou www.rageduratonlaveur.gouv.qc.ca)

- En enseignant à vos enfants à ne pas s’approcher ou jouer avec un animal sauvage ou un animal domestique inconnu.

- En ne pas essayer d’élever un animal sauvage orphelin ou blessé.

- En tenant le contenu de vos poubelles inaccessibles aux animaux.


Le 4 décembre 2014, il y a eu un cas de rage confirmé chez un chat domestique à Roxton Fall en Montérégie. Chaque année, des chauves-souris et des renards sont aussi trouvés infectés par le virus de la rage.

La chauve-souris est présente sur tout le territoire québécois et sa morsure peut passer inaperçue tant ses dents sont fines comme des aiguilles acérées.  Nous vous recommandons de ne jamais manipuler à mains nues une chauve-souris, même morte.  Mais votre animal, chien ou chat, ne résistera pas à la tentation de la prendre dans sa gueule. Le seul moyen alors pour éviter qu’il ne contracte la rage et risque de vous la transmettre est de le faire vacciner.

Protocole de vaccination chez le chien :

1er vaccin : à 4 mois d’âge environ

2e vaccin : un an après la première vaccination

3e vaccin et suivants : 3 ans après la date de vaccination

        
Protocole de vaccination chez le chat :

1er vaccin : à 3 mois d’âge environ

2e vaccin : un an après la première vaccination

3e vaccin et suivants : un an ou 3 ans après la date de vaccination selon l’homologation du vaccin utilisé.

Dans le cas d’une morsure suspecte, il est recommandé de vacciner immédiatement même un animal déjà vacciné.

Les furets peuvent aussi bénéficier de la vaccination contre la rage.

jeudi 30 avril 2015

Virus, bactérie ou parasite, qu'est-ce qui infecte mon animal?


La différence principale entre un virus, une bactérie et un parasite est de taille.  Ce n’est pas peu de le dire.  Car en effet même si le virus et la bactérie sont tous deux microscopiques, le virus fait partie du monde de l’infiniment petit.  On ne peut pas l’observer à l’œil nu, ni même avec un microscope classique. Pour le « voir » cela nécessite un  microscope électronique très puissant.
         En clinique, nous pouvons observer les bactéries avec nos microscopes.  Des amas de petites coques ou bâtonnets nous indiquent la présence d’une infection bactérienne.
         Le monde des parasites est visible à l’œil nu dans la grande majorité des cas. Il s’agit d’organismes pluricellulaires (c’est-à-dire composé de plusieurs cellules). Les vers, les insectes, les tiques en font partie.
         Dans chacun de ces groupes il y a des éléments inoffensifs, des indésirables et d’autres carrément nocifs pour la santé. 
         LES VIRUS

Comme ceux-ci sont infiniment petits, on les retrouve en suspension dans l’air. Ils sont donc hautement contagieux. Lorsqu’on a affaire à un virus potentiellement mortel ou qui rend très malade, on préfère avoir recours à la vaccination et ainsi prévenir la maladie plutôt qu’attendre l’infection et tenter de la guérir. Car autant il est facile et peu à risque de  vacciner, autant il peut être difficile voire impossible de guérir la maladie lorsqu’elle est présente. Autrement dit on pèse le pour et le contre, on évalue le risque par rapport au bénéfice. Exemple de virus potentiellement mortels pour lesquels il est préférable de vacciner :

                   Chien : Rage, distemper, parvovirus     

                   Chat : Rage, leucémie, panleucopénie



LES BACTÉRIES

         Lorsqu’on diagnostique une infection bactérienne, on peut aider  le système immunitaire avec un antibiotique. Ce traitement fonctionne très bien lorsque le bon antibiotique est utilisé pour le type de bactérie impliquée.  Mais il existe une infinité de bactéries et elles développent des moyens de résister à certains antibiotiques.  Lorsqu’on ne termine pas la prescription complète de l’antibiotique sous prétexte que l’animal se porte mieux, on laisse en place dans son organisme les dernières bactéries à avoir résister jusque-là au traitement. Donc les plus fortes.  Si celles-ci recommencent à se multiplier, la prochaine génération sera plus forte et plus résistante au traitement. Exemple de bactéries impliquées dans des infections chez nos petits animaux :

                   Chien : staphylococcus intermédius : infection de la peau 

                               E. Coli : diarrhée, infection urinaire

                   Chat : pasteurella multocida : abcès de morsure de chat

 

         LES PARASITES

         Comme leur nom l’indique, ce sont des indésirables qui parasitent un hôte. Ils s’y accrochent, ou y vivent à ses dépens. Ils  se nourrissent de son sang ou utilisent les nutriments déjà digérés, privant l’animal des protéines et vitamines qu’il a lui-même métabolisées. Les parasites n’ont pas avantage à tuer leur hôte. Est-ce qu’on détruit sa maison et son garde-manger?  Mais il arrive qu’ils finissent par nuire tellement à sa santé que l’animal peut en mourir. Ils peuvent aussi être porteurs de bactéries et être le vecteur qui va transmettre une maladie plus grave. Exemple de parasites dont il faut se méfier et qu’il vaut mieux éviter pour garder votre animal en santé et lui assurer une belle qualité de vie :
 
 

Ver du cœur : Transmis par une piqûre de moustique. Va se développer et s’installer dans le cœur nuisant ainsi à la fonction cardiaque. Peut créer des embolies pulmonaires mortelles. Possible traitement mais très à risque. Prévention facile, efficace avec peu ou pas d’effets secondaires.

Tiques : S’accroche à la peau de l’animal en le « mordant » avec ses pièces buccales et en suce le sang pendant plusieurs jours. Pendant ce temps peut lui transmettre la bactérie qui cause la maladie de Lyme. Maladie grave qui affecte les articulations et qui peut causer une insuffisance rénale potentiellement mortelle. Il existe des médicaments préventifs pour les tiques et les puces. En comprimés ou en gouttes à appliquer sur la peau.

Puces : Indésirables et désagréables.  Provoquent des démangeaisons qui peuvent être intenses et mener à une infection de la peau chez les animaux allergiques. Elles peuvent aussi transmettre le ténia, un ver intestinal qui causera de la diarrhée et une perte de poids. Se traite et se prévient facilement.

 Mites d’oreilles : insectes microscopiques qui se logent dans les oreilles des animaux pour les piquer et en sucer le sang. Très irritantes, elles provoquent des démangeaisons intenses des oreilles qui peuvent mener à des otites plus sévères. Facile à traiter.

 
         Le printemps (enfin arrivé!) est la saison où on commence à faire la prévention des vers du cœur, puces et tiques.  On en profite aussi pour contrôler le carnet de vaccination de votre animal et pour faire un examen de santé général.  En vue d’un bel et bon été en santé!

vendredi 12 décembre 2014

Suggestions cadeaux pour vos petits animaux

Savez-vous que 62% personnes au Québec offrent un cadeau de Noël à leur animal de compagnie. C’est la démonstration « officielle » que ce compagnon de tous les jours est considéré comme un membre de la famille.

Si vous faites partie de ces maîtres « père-Noël » voici quelques suggestions de cadeaux amusants, pratiques et sécuritaires.

1. Médaille gravée : Une jolie médaille avec le nom de l’animal et votre numéro de téléphone peut aider à retrouver l’animal qui a fugué. Sur sa médaille de rage il y a le numéro de téléphone de la clinique ainsi qu’un numéro nous permettant de retrouver le dossier de votre animal et donc de vous contacter. Mais elle n’est pas aussi jolie qu’une belle médaille gravée spécialement pour lui.

2. Gâteries diverses : Bien sûr si votre animal est le moindrement gourmand, il appréciera n’importe quel type de biscuits. Mais prenez garde au pourcentage de gras et de sel. Certaines gâteries pourraient nuire à sa santé et à son tour de taille! Préférez les biscuits végétariens ou le foie et poulet séchés, un sain régal!

3. Les os à mâchouiller :  Il faut être prudent avec ces gâteries faites de pâte compressée ; très dures, elles peuvent abimer les dents; devenues molles, elles peuvent coller et étouffer l’animal. Nous recommandons particulièrement les lamelles recouvertes d’enzymes qui aident à lutter contre le tartre.

4. Un ensemble de bols : Cela peut faire un joli cadeau bien pratique.  Il en existe maintenant une multitude de modèles attrayants qui se lavent facilement. 

5. Un jouet : Encore une fois nous vous recommandons la prudence lors de votre choix de jouet.  Préférez toujours les jouets conçus spécialement pour les animaux. Ils sont robustes et dureront plus longtemps. Soyez quand même attentifs et inspectez régulièrement le jouet. S’il se dégrade et que des morceaux s’en détachent jetez-le.

En tout temps, si vous enveloppez le cadeau de votre animal pour avoir le plaisir de le voir le déballer, ne le laissez jamais jouer avec le ruban.  De même toutes les décorations de Noël sont à éviter.  Les animaux, chiens et chats, sont friands de ces petits objets brillants et qui tintent parfois.  Malheureusement, à chaque période des fêtes certains de nos patients nous sont présentés malades d’avoir avalé des rubans, glaçons ou autres décorations. 

Joyeuses fêtes à vous et aux membres de votre famille qui se déplacent sur leurs quatre pattes!

De toute l’équipe de la clinique vétérinaire Rosemère.

jeudi 30 octobre 2014

La tenectomie digitale (ou tendinectomie)


Il existe une chirurgie alternative au dégriffage pour les chats qui est moins douloureuse et empêche votre petit compagnon de faire ses griffes partout sur vos meubles : il s'agit de la ténectomie digitale. Cette procédure consiste à couper une portion d'un petit tendon sous chacun des doigts; il est ensuite impossible pour votre chat de fléchir sa dernière phalange et de sortir ses griffes pour les aiguiser et les nettoyer.


L'inconvénient à cette procédure est qu'il faudra absolument tailler les griffes et nettoyer les cuticules régulièrement (environ une fois par mois pour le reste de la vie de votre chat) sinon elles pousseront continuellement et finiront par s'incarner dans la peau et créer de l'infection et beaucoup de douleur. Les griffes s'épaissiront et il pourrait se créer une fibrose entre les 2 dernières phalanges et une boiterie persistante dans certains cas.

Si votre chat ne se laisse pas toucher les doigts et tailler les griffes facilement, nous déconseillons fortement cette chirurgie.


Cette chirurgie est très bien tolérée et la douleur est habituellement minime en post-op : nous prescrivons toujours un analgésique pour quelques jours après la chirurgie et conseillons du repos pour une semaine au moins. Nous effectuons aussi un traitement local au laser thérapeutique immédiatement après la chirurgie, ce qui permet d'accélérer la guérison et de réduire l'inconfort. C'est la procédure que nous recommandons aux clients qui veulent faire dégriffer leurs chats adultes car enlever les griffes serait beaucoup trop douloureux malgré tous les médicaments analgésiques utilisés.


                                                                                                    Dre Hélène Corbeil

lundi 29 septembre 2014

Pétition

« J’ai déménagé au mois de juillet dernier, me dit Jean-Philippe (Dr Fontaine, vétérinaire à Rosemère depuis ce printemps), et ce fût un vrai parcours du combattant de trouver un appartement dont le propriétaire allait accepter nos animaux. Nous avons fait de multiples appels, mais dès que nous mentionnions avoir un chien et trois chats, on nous refusait sans autre discussion. C’était très frustrant. »

La même semaine j’apprenais que le Québec détenait le triste record d’animaux abandonnés ou euthanasiés pendant la période estivale. 

Ces deux constatations pouvaient-elles être reliées? Pourquoi, les Québécois abandonneraient-ils davantage leurs animaux que les citoyens des autres provinces ou états? 

Ailleurs au Canada, de même que dans certains pays européens, un propriétaire ne peut refuser un locataire sous prétexte qu’il possède un animal. Ainsi il est beaucoup plus facile pour ceux-ci de se trouver un logement convenable quand vient le temps de déménager. Ils ne se sentent pas obligés d’abandonner leurs petits compagnons ou pires encore de les faire euthanasier. La raison invoquée par les propriétaires qui craignent de voir leur propriété endommagée par les animaux est contredite par les statistiques qui montrent que dans ces provinces et pays plus tolérants, il n’y a pas plus de plaintes pour dommage ou insalubrité causés par les locataires (et leurs bêtes) qu’au Québec où l’animal est refusé. 

Voilà pourquoi, dans quelques mois, le personnel de notre clinique, nous allons déposer une pétition à l’Assemblée nationale en ce sens. Joignez-vous à nous en apposant votre griffe afin que la loi soit modifiée et qu’au Québec on se départisse du honteux titre de pire « abandonneur » d’animaux qui soit!

jeudi 4 septembre 2014

Pourquoi les chiens et chats n’ont-ils pas de gros orteil ?

Saviez-vous que la conformation normale du chien et du chat est de posséder 5 doigts aux pattes avants mais seulement 4 aux pattes arrières. On nomme ergot le doigt 1, celui qui correspond à notre pouce. Chez le chien, ce doigt qui ne touche pas le sol lorsqu’il est debout au repos, c’est l’ergot. Bien qu’il semble plus petit que les autres doigts et « inutile », cet ergot est articulé avec le squelette de la patte. Tout comme le pouce humain, il est constitué de deux parties osseuses qu’on appelle phalanges. Les autres doigts comprennent trois phalanges. Les orteils ont aussi trois phalanges mais il n’y a pas d’ergot aux pattes arrières. Mais pourquoi les chiens et les chats n’ont-ils pas de gros orteils?


On dit des chiens et chats qu’ils sont quadrupèdes car ils se déplacent sur leurs quatre pattes et digitigrades car ils marchent sur leur doigts. En effet, les coussinets sur lesquels ils s’appuient sont l’équivalent du bout de nos doigts. Ce sont de grands coureurs et l’appui sur les doigts faciliterait la course. Une sélection naturelle s’est opérée depuis des millénaires pour en arriver à cette conformation particulièrement efficace à la course. Mais ce faisant, le doigt # 1, l’ergot, s’est élevé du sol et est devenu désuet aux pattes arrières. Il n’est pas utile à la course rapide et donc tends à disparaître au cours de l’évolution. Il suffit de penser au cheval, coureur par excellence, qui ne possède qu’un seul doigt et qui courre littéralement sur l’ongle de celui-ci (le sabot) pour comprendre l’efficacité et l’économie de mère nature. 

Ces phénomènes de sélection naturelle s’opèrent sur des milliers d’années c’est pourquoi on voit encore certains chiens naître avec un gros orteil (environ 10% des chiens). La plupart du temps il ne sera pas articulé au reste du squelette de la patte et on préférera amputer ce petit moignon inutile qui risque d’être accrochant pour l’animal. On conserve les ergots des pattes avants qui eux sont articulés aux squelettes et pour qui l’amputation serait dans ce cas une souffrance inutile. Une vidéo au ralentie a démontré que lorsque le chien galope, l’ergot vient toucher légèrement le sol et aurait un rôle à jouer dans l’équilibre de l’animal. Laissons donc à dame nature la décision de garder ou éliminer aussi cet ergot de la patte avant. Elle prendra plusieurs milliers d’années pour le faire et aura donc certainement raison. 

Vous avez sans doute déjà vu des chats avec plus de cinq doigts aux pattes avants et même aux pattes arrières. On dit qu’ils sont polydactyles. C’est une anomalie génétique fréquente chez cette espèce animale. Les félins utilisent leurs pattes pour grimper aux arbres et chasser. Peut-être que dans leur cas, dame nature décidera finalement de conserver les ergots s’il s’avère que les chats qui en ont réussissent mieux que les autres à survivre. 

Les humains font une sélection artificielle lorsqu’il favorise un trait physique ou comportemental chez les espèces qu’ils domestiquent. Ainsi, chez certaines races de chiens tels que le pyrénée des montagnes plusieurs ergots supplémentaires aux pattes arrières est une caractéristique désirée. C’est pourquoi ces chiens font exception à la règle que j’ai énoncé plus haut qui affirme que les chiens et chats possèdent cinq doigts aux pattes avant et seulement quatre à l’arrière. 


Joanne Corbeil, dmv, CCRP